Parole du mois
Le 5 mars 2005
Elle est reçue aux premières vêpres de la Résurrection en communauté chaque premier samedi du mois et elle est suivie d’un court commentaire des fondateurs. L’ensemble (Parole et commentaire) est publié sur ce site deux ou trois jours après.
 

 

Chers frères et sœurs,
Le Père Marie-Michel ayant une grippe et devant finir de toute urgence son prochain livre sur l'Eucharistie (sortie fin mai 2005), il vous propose un extrait d'un de ses livres comme commentaire.
Nous vous souhaitons une belle montée vers Pâques dans l'enfance évangélique de cœur avec Marie comme nous y invite la Parole de ce mois.

fr. Joseph-Marie


 

1. Premières Vêpres de la Miséricorde

 

Galates 4, 1-9

Or je dis: aussi longtemps qu'il est un enfant, l'héritier, quoique propriétaire de tous les biens, ne diffère en rien d'un esclave. Il est sous le régime des tuteurs et des intendants jusqu'à la date fixée par son père. Nous aussi, durant notre enfance, nous étions asservis aux éléments du monde. Mais quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d'une femme, né sujet de la loi, afin de racheter les sujets de la Loi, afin de nous conférer l'adoption filiale. Et la preuve que vous êtes des fils, c'est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l'Esprit de son Fils qui crie : Abba, Père ! Aussi n'es-tu plus esclave mais fils; fils, et donc héritier de par Dieu. Jadis, dans votre ignorance de Dieu, vous fûtes asservis à des dieux qui au vrai n'en sont pas; mais maintenant que vous avez connu Dieu ou plutôt qu'il vous a connus, comment retourner encore à ces éléments sans force ni valeur, auxquels à nouveau, comme jadis, vous voulez vous asservir ?

 


 

 

2. Commentaire de frère Marie-Michel

(Possibilité d'écouter en ligne ou de télécharger l'enregistrement audio de sa prédication durant les Vêpres)

 

Liberté de l'enfance évangélique :
Jouer avec Dieu

  "Dans Ainsi parlait Zarathoustra, Nietzsche écrivait : " Je ne croirais qu'en un Dieu qui sait danser... " Intuition non conventionnelle mais non moins profonde, dommage qu'il n'ait pu voir et entendre le petit Grégoire aux " yeux immenses "... Ses paroles sont venues bouleverser le cœur d'un moine et le nôtre avec :
" Je lui ai demandé ce que l'on demande habituellement à un petit garçon qui va en classe :
'Alors, Grégoire, tu travailles bien?
- Oh, pas tellement.
- Mais, ajoutais-je, il y a bien tout de même quelque chose qui t'intéresse ?'
Alors, après un moment de silence :
'Oui, m'a-t-il dit, la danse et la religion.' Et après encore un silence : 'Et dans la religion, la Sainte Trinité.'
Stupéfaction ! J'insistai :
'Mais pourquoi donc, Grégoire ?
- Vous ne comprenez pas que la danse et la Trinité c'est pareil ?'
Je suis resté devant cet enfant comme anéanti. "


Louis Albert Lassus,
La prière est une fête,
p. 28-29


     "On ne peut pas " danser " si l'on n'aime pas " jouer " comme on joue dans les farandoles d'enfants parce qu'on est simplement heureux de vivre et de chanter. Le seul mobile est l'amour qui circule et illumine les regards d'autant plus qu'il est reçu pour être mieux donné. C'est la joie d'aimer et d'être aimé dont Jésus nous a dit que nul ne pourrait nous l'enlever (Jean 16, 22).
Un jour, Thérèse a dit cette parole étonnante : " J'ai choisi d'être inutile... " et elle précise à sa sœur avec sa finesse habituelle :
Les grands saints ont travaillé pour la gloire du Bon Dieu, mais moi qui ne suis qu'une toute petite âme, je travaille pour son plaisir, pour ses " fantaisies " et je serais heureuse de supporter les plus grandes souffrances, même sans qu'il le sache, si c'était possible, non afin de Lui procurer une gloire passagère - ce serait trop beau ! - mais si, par là, un sourire pouvait effleurer ses lèvres... Il y en a assez qui veulent être utiles! Mon rêve à moi, c'est d'être un petit jouet inutile dans la main de l'Enfant-Jésus... moi, je suis un caprice du petit Jésus !... (Conseils et souvenirs , p. 57)
À travers ce mélange d'enfance et de lucidité, que veut nous dire Thérèse sinon que le chant de l'enfant aux mains vides est un chant délivré de toute prétention d'utilité ? Elle a découvert la voie où fécondité rime avec pauvreté : celui qui en tout s'abandonne à Dieu comme un enfant est entré dans un monde nouveau. Il est libéré de la fièvre activiste et de l'idolâtrie du résultat. Il devient inépuisable dans l'exacte mesure où il est gratuit... où il sait danser et chanter pour rien. Il ne cherche plus à " faire " quelque chose mais à " plaire " à quelqu'un... Depuis qu'elle est enfant, Thérèse n'a eu d'autre programme de vie spirituelle que de " faire plaisir à Jésus " en constatant : " T'aimer, Jésus, quelle perte féconde !!! "… Seul celui qui chante pour chanter devient libre pour aimer... c'est la musique silencieuse des contemplatifs . Mais on peut la vivre en toutes conditions car la voie d'enfance évangélique est un appel universel."


Marie-Michel,
Extrait de : Van, l'Enfant aux mains vides,
le Sarment-Fayard, 1999
p. 143-144

 

Passerelles bibliques :    Rm 8, 14-27 ; Mc 14, 32-42 ; 1 Co 13, 11-13.

3. A l’école du Cœur de Marie - Le Rosaire de la Paix

Marie Theotokos
Terre dans laquelle a été semée l'église

      "C'est avec un cœur débordant d'émotion que je prends la parole en cette liturgie solennelle qui nous réunit autour de la table eucharistique pour célébrer, dans la lumière du Christ Rédempteur, la glorieuse mémoire de sa très sainte Mère. L'esprit est comme envahi par la pensée que, précisément en cette ville, l'Église rassemblée en concile - le troisième concile oecuménique - reconnut officiellement à la Vierge Marie le titre de Theotokos qui lui était déjà donné par le peuple chrétien, mais qui était contesté depuis quelque temps en certains milieux, surtout influencés par Nestorius. La jubilation avec laquelle la population d'Éphèse accueillit, en cette année 431 déjà bien lointaine, les Pères qui sortaient de la salle du concile où la vraie foi de l'Église avait été réaffirmée, se propagea rapidement dans toutes les parties du monde chrétien et n'a cessé de retentir à travers les générations successives qui, au cours des siècles, ont continué à se tourner avec confiance vers Marie, comme vers celle qui a donné la vie au Fils de Dieu.
Aujourd'hui, nous aussi, et avec le même élan filial et la même confiance profonde, nous recourons à la Vierge sainte, en saluant en elle la " Mère de Dieu " et en lui confiant les destinées de l'Église, soumise en notre temps à des épreuves particulièrement dures et insidieuses, mais également poussée par l'action de l'Esprit Saint sur des chemins ouverts aux espérances les plus prometteuses.
" Mère de Dieu ". En répétant aujourd'hui cette expression chargée de mystère, nous retournons en esprit au moment ineffable de l'Incarnation et nous affirmons avec toute l'Église que la Vierge devint Mère de Dieu pour avoir engendré selon la chair un Fils qui était personnellement le Verbe de Dieu. Quel abîme de condescendance divine s'ouvre devant nous !…
En prononçant son fiat, Marie ne devient pas seulement Mère du Christ historique ; son geste la pose comme Mère du Christ total, comme " Mère de l'Église ". " Dès l'instant du fiat, remarque saint Anselme, Marie commença à nous porter tous dans son sein ; c'est pourquoi " la naissance de la Tête est aussi la naissance du Corps ", proclame saint Léon le Grand. De son côté, saint Ephrem a aussi une très belle expression à ce sujet : Marie, dit-il, est " la terre dans laquelle a été semée l'Église ".
En effet, dès l'instant où la Vierge devient Mère du Verbe incarné, l'Église se trouve constituée de manière secrète, mais parfaite en son germe, dans son essence de corps mystique : sont présents, en effet, le Rédempteur et la première des rachetés. Désormais l'incorporation au Christ impliquera un rapport filial non seulement avec le Père céleste, mais aussi avec Marie, la Mère terrestre du Fils de Dieu."


Jean-Paul II,
Homélie à Ephèse,
30 novembre 1979

 

 

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