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2. Commentaire écrit de frère Marie-Michel
Nulle part ailleurs dans l'Évangile la joie du Christ ne nous est signalée avec autant d'éclat. On peut parler ici « d' allégresse ecclésiale » car à travers ses premiers disciples Jésus entrevoit tous ceux et celles qui vont ouvrir leur cœur avec simplicité à cette « sagesse de Dieu mystérieuse, demeurée cachée » (1Co 2, 7) désormais révélée à eux. Comme dit Matthieu à Pierre dans le film sur Jésus de Zefirelli : « On est les premiers à savoir ». En effet, c'est en Lui et par Lui, Jésus, que s'opère cette révélation du dessein bienveillant du Père pour notre salut (Ep 1, 3) (1). En termes analogues, au chant de Marie en son magnificat(Lc 1, 47), il y a ici dans l'exultation du Christ une mise en lumière de son mystère intérieur (2) où se manifestent les relations trinitaires. Jean Paul II a remarqué cette progression vers l'intériorité dans le récit évangélique :
« Ce qui, au cours de la théophanie du Jourdain, est venu pour ainsi dire « de l'extérieur » d'en haut, provient ici « de l'intérieur », c'est-à-dire du plus profond de ce qu'est Jésus. C'est une autre révélation du Père et du Fils, unis dans l'Esprit Saint... Ce qu'il dit du Père et de lui-même comme Fils résulte de la plénitude de l'Esprit qui est en lui, qui remplit son cœur... L'union du Christ avec l'Esprit Saint, dont il a une parfaite conscience, s'exprime dans ce « tressaillement de joie » qui, en un sens, rend « perceptible » sa source secrète (3)... »
Cette insistance réitérée de Jésus sur l'enfance spirituelle nous invite ici à une nouvelle avancée dans l'intelligence de ce mystère : « l'Évangile est, en effet, traversé en profondeur par la vérité sur l'enfant (4) ». Car s'il y a dans cet évangile de Luc une révélation trinitaire plus intérieure au Christ, il y a aussi une progression dans l'enseignement du Christ sur l'enfance évangélique. Elle est d'ailleurs suggérée aussi par Thérèse comme attitude dynamique de sa « petite voie » :
« ...L'ascenseur qui doit m'élever jusqu'au Ciel, ce sont vos bras ô Jésus! Pour cela je n'ai pas besoin de grandir, au contraire il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus... (5) »
Dans l'enfance spirituelle évangélique, on découvre donc un passage de l'enfance à la toue-petitesse, de l'enfant au nourrisson du parvus au parvulus (6). Ce chemin d'humilité qui est béatitude évangélique (Mt 5, 3) implique une dépendance spirituelle de plus en plus grande qui appelle le mystère de la Femme et de la Mère (Jn 19, 26-27) : « Elle porte et enfante le tout petit » (Ap12, 1-2). Elle est « Mère de tout homme et de tout l'homme » (7). Et comme l'a si bien exprimé St Louis-Marie Grignion de Montfort : « On peut lui appliquer plus véritablement qu'à saint Paul ces paroles : J'enfante tous les jours les enfants de Dieu, jusqu'à ce que Jésus-Christ mon Fils soit formé en eux dans la plénitude de son âge (Ep 4, 13). Saint Augustin se surpassant lui- même... dit que tous les prédestinés, pour être conformes à l'image du Fils de Dieu, sont en ce monde cachés dans le sein de la Très Sainte Vierge... (8) »
(1) Du latin revelare ( de velum : ' voile ' ) : « faire connaître, ôter le voile » qui traduit le grec apokalipsis : action d'enlever ( apo : ' loin de ') ce qui cache kaliptô : « cacher »).
(2) On a pu appeler ces versets de Luc et de Matthieu (11, 25-27) le « logion johannique » car le quatrième évangile que les Pères nomment « spirituel » nous fait entrer plus à l'intérieur du mystère du Christ.
(3) Jean Paul II, Encyclique sur l'Esprit Saint dans la vie de l'Eglise et du monde, « Dominum et vivificantem », n° 21.
(4) Jean Paul II, Lettre aux enfants, 13 décembre 1994
« Le privilège des ces enfants tels que Van et Thérèse, c'est d'être éclaires sur la Miséricorde Divine bien d'avant d'être saints... ils sont libérés de l'aveuglement fondamental faisant de Dieu un être à redouter plutôt qu'à aimer... » P.M. Molinié, inédit.
(5) Ste Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face, Oeuvres complètes, Manuscrit C3 r, p. 238
(6) La terminologie grecque marque les distinctions entre l'enfant « païdion » (entre 7 et 12 ans) comme en Mc 10,15 et le tout petit : « népios » comme en Matthieu 21, 16 ou 1 Corinthiens 3, 1.
(7) Jean Paul II, Homélie à Fatima, 13 mai 1982.
(8) Saint Louis-Marie Grignion de Monfort, Traité de la Vraie Dévotion à la Sainte Vierge, n° 33.
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