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2. Commentaire écrit de frère Marie-Michel
« Tandis qu'ils faisaient route … »
C’est dans le contexte de la montée vers Jérusalem que se situe cet Evangile. A la suite de Jésus, c’est déjà l’Eglise en marche qui passe … car dés qu’il y a rencontre avec la « Lumière », la foi ouvre à une espérance qui met en marche vers le Royaume. Quand on a trouvé le « trésor » (Mt 13,44), on a découvert le sens ultime de sa vie; alors on vend tout, on quitte tout, non pour un idéal ou une sagesse, mais à cause d’un Visage qui nous fascine et sans lequel la vie est vide : « Telle est la dimension fondamentale de la rencontre : on n’a pas à faire à quelque chose, mais à Quelqu’un, au « Vivant ». Les chrétiens ne sont pas les disciples d’un système philosophique : ils sont les hommes et les femmes qui ont fait, dans la foi, l’expérience de la rencontre avec le Christ [1] (1 Jn 1,1-4) »
Ainsi, la « mise en errance » est au cœur de la pédagogie divine dans la Bible. « Pourquoi, parce que c’est dans cette situation-là que Dieu doit reprendre l’homme, puisque c’est ainsi que celui-ci l’a fui. Adam quittant le paradis terrestre est un errant. Pour reprendre Abraham, Dieu fait de lui un errant[2] … » Et de même Moise qui, sur l’ordre de Dieu, mène le peuple au désert pour le conduire vers la terre promise. Paradoxalement aussi, la mise en errance de Cain (Ge 4,12) contient déjà la promesse d’un retour que mettra pleinement en lumière la parabole de l’enfant-prodigue (Lc 15,20). La spiritualité nomade garde libre notre cœur et le tient orienté vers sa destination finale. Les Pères du désert nous le rappellent avec force :
« Un frère m’a dit : un jour où je suis allé chez abba Cronios du Mont Panabon, il m’a dit : « Prends garde mon fils, où que tu ailles et où que tu habites, n’y dépose pas ton cœur, de sorte que tu t’y installes pour toujours, mais sois là comme un étranger.[3] »
Dans la continuité biblique, l’Evangile nous présente aussi l’appel du disciple comme une « mise en route » à la suite de Jésus (Lc 5,11) pour vivre avec Lui : C’est-à-dire venir près de son Cœur (Mt 11,28-29) pour le contempler et l’écouter. Car aucune amitié ne tient sans l’intimité qui la garde vivante et ouvre toujours de nouveaux horizons [4] et aucune mission ne porte de fruit sans la connaissance de Celui qu’on annonce : « le missionnaire doit être un contemplatif en action.[5] » Ne nous étonnons donc pas du langage abrupt de Jésus dans cet Evangile. Il prévient que le suivre implique un choix absolu et immédiat qui nous rend pauvre et libre comme Lui face aux conventions de ce monde. Il ne s’agit pas de mépriser les légitimes valeurs humaines mais d’être habité par l’urgence née de l’amour : « Il y a ici plus que Salomon ! » (Mt 12,42)
En ce temps de l’Avent qui signifie « Venue, Avènement » (du latin adventus), demandons le renouvellement de notre désir pour vivre la joie de Noël ! Car même lorsque la liturgie se fait pressante pour éveiller notre foi, quelque chose de plus urgent vient encore prendre la place de Jésus en nos cœurs. Il a pourtant indiqué le chemin de la paix : « Cherchez d’abord le Royaume et sa justice, et tout vous sera donné par surcroît. » Mt 6,33) Alors nous dirons avec St Jean de la Croix : « Non, jamais, pour toute la beauté, jamais je ne me perdrai, mais pour « un je ne sais quoi » que l’on vient d’aventure à trouver[6] … »
[1] Jean-Paul II, Appel aux jeunes pour les J.M.J. de Paris , 15 août 1996.
[2] Dominique Barthélémy, Dieu et son image , ébauche d'une théologie biblique, Cerf, 1973, p. 54.
[3] Dom Lucien Regnault, l'Evangile vécu au désert , Paroles des Pères du désert, Abba 46, p. 34.
[4] « Ah si tu le connaissais seulement un peu comme ta Sabeth ! Il fascine, Il emporte, sous son regard l'horizon devient si beau, si vaste, si lumineux … » Bse Elisabeth de la Trinité, Lettre 128 , O.c., p. 414-415.
[5] Jean-Paul II, Encyclique Rédemptoris missio , 1990, n° 91.
[6] Glose « à lo divino », poésie IX.
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